Compte rendu complet du débat du Conseil régional

Objet du Conseil n. 45 du 29 juillet 1998 - Resoconto

SÉANCE DU 29 JUILLET 1998 (MATIN)

OBJET N° 45/XI Commémoration du Prof. Robert Berton.

Président Dans la journée du 27 juillet dernier la Conseillère Teresa Charles du Groupe de l'Union Valdôtaine, nous a informés de son intention de commémorer, au cours de la séance du Conseil régional, le Professeur Robert Berton, récemment disparu. Je donne la parole à Madame la Conseillère pour la commémoration.

Charles (UV) Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Président du Gouvernement, Collègues conseillers,

Je me permets de prendre la parole avec une grande émotion pour commémorer la figure d'un grand valdôtain qui vient de disparaître.

Professeur, écrivain, érudit, photographe, chercheur, collaborateur de quelques journaux prestigieux, profond connaisseur de l'art et de l'histoire de la Vallée d'Aoste, Robert Berton pour ses mérites fut nommé Inspecteur honoraire des Monuments et des Beaux-Arts, Président honoraire du Comité des Traditions valdôtaines, membre effectif de l'Académie Saint-Anselme.

Il fut le dernier survivant du premier Comité de l'Union Valdôtaine fondée le 13 septembre 1945 et autorisée par les Autorités alliées le 19 octobre suivant. Fidèle à son idéal politique il ne s'engagea jamais directement dans la politique active, tout en ayant été conseiller communal d'Aoste.

Ce gentilhomme, et il avait le physique du rôle, a parcouru souvent la Vallée d'Aoste et rien n'a échappé à son oeil attentif et curieux: châteaux, tours, portails, cadrans solaires, croix, chapelles, fenêtres, balcons, fresques, inscriptions, cheminées, fers forgés, grilles, enseignes, fontaines, à l'écart des grands chemins comme le dit le titre d'un de ses ouvrages.

Inventorier l'art aostain et valdôtain, savoir se regarder autour, sentir le paysage, avoir du flair pour tout ce qui l'entourait, la beauté des monuments, les richesses historiques et naturelles de notre Pays, la sauvegarde du paysage en se préoccupant de valoriser même les sites les plus modestes, il a été un précurseur en ouvrant la voie à d'autres chercheurs passionnés.

Il a su comprendre l'extraordinaire beauté et l'exceptionnel message des hommes du Moyen âge, en interprétant leurs figures et leurs symboles et en se mettant sur la même longueur d'onde des artistes et des artisans des siècles passés.

L'écrivain français Saint Loup après la publication de son précieux volume sur le cloître de Saint-Ours, écrivit: "Les touristes consacraient autrefois quinze minutes à la visite du cloître. Grâce à l'ouvrage de Monsieur Berton un après-midi entier les retiendra sur ce haut lieu du Pays d'Aoste et ils en sortiront, comme il se doit, sur la pointe des pieds...".

Ses oeuvres sont très nombreuses et ont été publiées en Vallée d'Aoste et à l'extérieur, à Gênes par exemple ou auprès de l'Istituto Geografico De Agostini de Novare. Quelques titres parmi tous:

Les châteaux du Val d'Aoste (1950)

Le Collège millénaire d'Aoste

Les Chapiteaux du cloître de Saint-Ours (1954)

La cité d'Aoste et les costumes valdôtains (1955)

Le patrimoine architectural du Val d'Aoste. La défense des sites et de l'ethnie (1957-1962)

Les stalles de la Cathédrale d'Aoste (1961)

Les stalles de l'insigne collégiale de Saint-Pierre et de Saint-Ours d'Aoste (1964)

Les cheminées du Val d'Aoste (1961)

A l'écart des grands chemins (1963)

Les constantes de l'architecture valdôtaine (1965)

A l'ombre des clochers du Val d'Aoste (1970)

Les cadrans solaires du Val d'Aoste (1972)

Plus de nombreux volumes d'Anthroponymie et de Toponymie.

A la Bibliothèque régionale, nous trouvons sous son nom 60 titres et, compte tenu des rééditions, le Professeur Berton nous a bien laissé une bonne quarantaine d'ouvrages tous soutenus par la compétence et l'amour. Je voudrais attirer l'attention sur ce dernier aspect: l'amour pour les choses dont il parlait.

Il n'a jamais été un érudit froid et sans tendresse pour la matière qu'il traitait. Ses descriptions sont toujours passionnées, fougueuses parfois, enthousiastes, humaines, sentimentales, poétiques.

Sensible à l'environnement et écologiste "ante litteram", il avait le goût pour les beautés naturelles et une extrême sensibilité pour sa terre et son Pays et, quand il voyait une offense à notre paysage ou à nos monuments, il répétait souvent, comme dans un refrain "véritables blessures à nos traditions" ou bien "grave injure à notre histoire, à nos habitudes ou à notre paysage".

Il avait au moins deux fois écrit des lettres au Conseil régional, dans sa fonction d'Inspecteur honoraire des monuments il avait le droit de donner quelques conseils et en tant que Valdôtain érudit et sensible il sentait le devoir de faire parfois quelques remarques.

Sans prendre trop de temps je veux vous lire quelque chose qui se rapporte à cette salle, à la salle du Conseil régional. Il faisait dans le Peuple du 15 mai 1960 quelques observations ou pour mieux dire il adressait à la Junte et au Conseil régional de ce temps-là quelques conseils sur l'aménagement de cette salle après en avoir examiné le projet. Il me semble que quelque chose a été retenu de ce qu'il a dit, par exemple dans la disposition de nos bancs et aussi dans quelques autres détails.

Il me semble surtout qu'avec le tableau de fond avec la phrase d'Emile Chanoux et le monument sur la paroi extérieure de ce même palais réalisés une vingtaine d'années après, on a bien suivi en quelque sorte ses suggestions. Il préconisait une salle de réunion ayant de la dignité et du prestige. Cette idée d'ailleurs honore nous tous qui siégions ici.

Je lis les paroles du Professeur Berton: "Le Conseil de la Vallée d'Aoste, épaulé par dix siècles de traditions, exige une salle ayant du prestige, de la magnificence, de la splendeur, et non pas une salle de réunion sans nom, sans histoire, sans charme, sans âme, sans poésie, dans le genre de salle de banque, de bourse, de casino ou d'industrie... Toute l'histoire valdôtaine, la foi de nos ancêtres, ce que le peuple du Val d'Aoste a pensé, a craint, a désiré, a chéri ou cours d'un millénaire, doit être représenté sur les différentes parois et sur les vitraux, de façon à en enrichir l'âme et l'esprit des conseillers régionaux".

Dans les vitres de la galerie nous voyons des armoiries et je crois qu'on a suivi un peu le conseil du Professeur qui parlait entre autres de disposer sur les parois des écussons des familles historiques.

S'il parlait de la sorte, c'est-à-dire enrichir l'âme et l'esprit des conseiller régionaux, nous pouvons imagine ce qu'il pensait de la fonction des conseillers. Il nous invite donc tous à une méditation sur notre rôle qui est bien important et duquel nous devons être dignes.

En exergue à la réimpression de son dernier ouvrage "Les chapiteaux et les stalles médiévaux d'Aoste" d'il y a deux ans, il reportait une belle phrase du Chanoine Orsières: "Mon ambition n'est pas d'être applaudi mais d'être utile". Je dois que c'est une phrase dont nous devons tenir souvent compte.

Pour cette abnégation et pour cette générosité, je crois pouvoir m'exprimer ainsi au nom de nous tous: merci Monsieur le Professeur Robert Berton!

Président Je remercie la Conseillère Charles, qui a bien voulu interpréter les sentiments de toute l'Assemblée pour commémorer une personne dont la disparition nous a été communiquée juste quelques minutes avant la dernière séance du Conseil précédent, ce qui nous avait empêchés de commémorer dignement le Professeur Berton.

Est-ce quelqu'un souhaite prendre la parole sur la commémoration qui vient d'être prononcée?