Resoconto integrale del dibattito dell'aula

Oggetto del Consiglio n. 538 del 29 maggio 1989 - Resoconto

OBJET N° 538/IX - Commémoration du premier régiment des Socques.

Presidente: Come già annunciato, il Consigliere Gremmo ha chiesto ai sensi dell’art. 42 del regolamento di poter commemorare il 190° anniversario del premier "Régiment des Socques".

Ha chiesto di parlare il Consigliere Gremmo, ne ha facoltà.

Gremmo (UAP): Monsieur le Président, Messieurs les Conseillers, les lieux communs, c’est bien connu, ne sont pas faciles à gommer... et les exigences du conformisme ont leur poids.

Nous voulons parler, sans ambages, de la ferveur (à mon avis tout à fait déplacée) que la Vallée d’Aoste affiche pour célébrer l’anniversaire de la Révolution Française. Et pourtant, n’est-ce pas une contradiction pour les défenseurs de l’autonomie que de célébrer le plus centralisateur des régimes, celui qui, frayant le chemin du bonapartisme, devait poser les jalons de l’anéantissement des anciennes autonomies?

Qu’à cela ne tienne. A l’enseigne de la francophilie absolue et acritique, l’on découvre chez nous la grande Révolution. Une découverte, à mon avis, tout à fait hagiographique qui semble oublier (ou supprimer) le fait que l’"Orage" venu d’outremonts était accueilli en Vallée d’Aoste avec une terreur et une aversion qui devait déteindre sur l’historiographie de l’époque: le premier essai du XVIIe siècle sur ces événements a un titre significatif: "La terreur sur les Alpes": Les ferveurs jacobines étaient bien tièdes en Vallée d’Aoste. Les seuls révolutionnaires furent quelques burgeois présomptueux et étrangers à la conscience collective de notre population, la plupart vivant dans la crainte de Dieu, conservatrice, méfiant quant aux événements sanglants et orageux qui sévissaient chez ses voisins transalpins.

D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le plus célèbre "collabo" filo-jacobin valdôtain, Cerise, en mourut, en proie à la folie.

L’esprit populaire valdôtain prenait une tout autre direction, comme le prouve l’écriteau placardé par des mains anonymes à Saint-Pierre sur l’arbre de la liberté importé par les envahisseurs:

"Arbre de misère

Bonnet de galère

Symbole de brigands

Tu ne dureras pas longtemps"

superbe invective dans un "francophonisme" populaire des plus francs ... dont les prévisions, malheureusement, ne devaient pas s’avérer, puisqu’il faudra attendre le 9 mai 1814 pour que la domination de la maison de Savoie reprenne le dessus.

Sans nul doute, ce refrain populaire reflète l’esprit loyal des Valdôtains et le présage d’un renversement de la certitude institutionnelle, morale, sociale.

Cependant, il fallut attendre l’année des "socques", pour que cette aversion instinctive se transformait en révolte. Voilà, un anniversaire à célébrer: le premier grand mouvement populaire de la nation valdôtaine, venu du "bas", anti-centralisateur, encourageant les coutumes de jadis et les espérances de l’avenir.

Les "Socques", pièce d’un grand puzzle "international" de la rébellion alpine qui se développe depuis que le suisse Guillaume Tell fomenta la révolte contre les tyrans en 1300 (tandis que dans le Piémont Fra Dolcino crée sa "République communautaire" sur le mont Mazzo) et jusqu’à l’action du Tyrolien du Sud Andreas Hofer, et des partisans "rebelles de la montagne" de notre époque.

Ce n’est pas un hasard si la symbologie populaire a blasonné l’épopée de la révolte montagnarde valdôtaine d’un "sabot", à son tour emblème significatif de la révolte paysanne du XVIe siècle en Allemagne contre la noblesse, la "Bundschub".

Et ce n’est toujours pas un hasard si à la même époque qui vit la rébellion des petits montagnards de la Vallée d’Aoste, un aubergiste des vallées tyroliennes, animé par des idéaux autonomistes analogues, brandit l’étendard de l’insurrection.

L’"Orage", ici montagnard, là paysan, s’abat sur tout le Piémont: l’an ’99, chrétien, monarchiste et popularie voit se croiser les faits et les gestes des "Socques" avec ceux du légendaire Branda de’ Lucioni, véritable condottiere de peuples, "guérillero" du roi, de l’ancienne foi, d’une patrie acquise en Piémont.

Ainsi donc, tandis que le conformisme des marchands se plie aux bonnes affaires avec les Français, que l’allégeance des privilégiés (même ecclésiastique, pourquoi ne pas le dire) s’abaisse à des compromis avec les nouveaux patrons arrogants, voilà, ce régiment de Valdôtains montagnards, armés de fourches et d’une foi profonde en eux-même et dans leur Dieu, animés d’un attachement sans bornes à leurs coutumes, franchir le fossé et se livrer à la rébellion, imitant ainsi leurs frères piémontais qui donnent cours avec Branda de’ Lucioni à l’instinct de leur sentiment, plus fort et plus enraciné que toute idéologie d’importation.

L’histoire du premier "régiment des socques" est connue. Dès les premiers jours du mois de mai, le Val d’Aoste est perdu pour le Français: les insurgés bloquent le Petit-Saint-Bernard puis, à la suite d’une petite émeute survenue à Ivrée, la rébellion fait tache d’huile et les montagnards, forts de la proximité des troupes austro-russes et de la "masse chrétienne" conduite par Branda de’ Lucioni dans le Canavais, se soulèvent: acte extrème qui prouve combien le feu ardent de la dignité brûlait dans l’âme du peuple valdôtain.

C’est Donnas, capitale morale de la petite patrie qui met le feu aux poudres.

Parmi les insurgés Francesco Dalbard se distingue.

La sédition atteint la vallée de Champorcher et trouve là un condottiere naturel, Nicolas Gontier, prêtre, ancien recteur du Petit-Saint-Bernard, soutenu par son frère Gian Battista.

Le 3 mai les montagnards rebelles se dirigent à Bard: Gontier demande que la forteresse qui barre la vallée lui soit livrée. Il essuie un refus mais, loin de céder, il pénètre dans les fortifications à la tête d’une cinquantaine d’hommes, une partie provenant d’Arnad, sans qu’aucune résistance ne lui soit opposée: le commandant Demarguin est chassé.

La commune de Bard ne pourrait-elle pas poser sur la grisalle de ses remparts une plaque en souvenir de cet acte d’héroïsme unique dans l’histoire? Quelques montagnards énergiques et courageux s’appropriant l’un des plus imposants monuments de l’architecture militaire alpine, voilà un acte grandiose, sans aucun doute.

Puisant leur force dans ce succès extraordinarie, les Socques - comme sont appelés ces rebelles chaussés de socques précisément, qui rythment la cadence de leur opposition - se dirigent vers Aoste.

C’est l’itinéraire des trois insurrections des Socques: approcher de la "veulla". Mais c’est un itinéraire sans débouché. Si au contraire, ils s’étaient lancés vers la plaine, vers les "Ivreye", dans les trois cas, peut-être, l’histoire de toute la nation valdôtaine et de la nation piémontaise aussi aurait pris une autre direction (surtout dans la troisième révolte qui s’adressait ouvertement contre le Risorgimento).

Organisé en corps para-militaires, précurseurs des partisans, pratiquement sans armes, si ce n’est quelques faux, fourches et pioches, les Socques occupent Verrès où ils abattent et brûlent l’"arbre de la liberté" tant détesté, emblème (justifié) d’invasion étrangère irrispectueuse qui a arraché tous us et coûtumes et toute certitude.

Aussitôt, la chasse au Jacobin commence. Dans la nuit entre le 6 et le 7 mai, quelque 6000 montagnards insurgés occupent la ville d'Aos-te, enfermant le commandant Botton dont la maison est saccagée, s’imparent du palais de l’administration communale et le transforment en prison.

Lorsque le peuple se réveille ...": on évoque les refrains un peu rhéthoriques d’un chant des rébellions.

Une cinquantaine de jacobins sont arrêtés.

Cerise, "collabo" filo-jacobin qui mourra dans la folie à Paris et son acolyte politique Martinet, sous-préfet, prennent la fuite.

Devenus les maîtres de la ville, les Socques ne font pas moins preuve d’une générosité toute valdôtaine: ils ne se livrent à aucune violence. Ils se bornent à élever une grande croix à l’endroit même où les invahisseurs avaient planté l’arbre de la (soi-disant) liberté et la font bénir par l’archivêque. Leur entrée en ville ne manque pas, par ailleurs, d’embarasser sérieursement le Conseil municipal, indécis sur les mesures à prendre face à l’insurrection, d’autant plus que l’écho de nouvelles inquiétantes sur un retrait général des Français commence à retenir depuis le Piémont. La municipalité s’en tient à un document, exemple classique d’attitude hautaine des couches apparemment hégémoniques vis-à-vis des instances des couches subalternes.

Toutefois, c’est la naïveté qui a raison des Socques: ceux-ci, en effet, heureux d’avoir su imposer un changement à l’Administration communale, se sentent comblés et se retirent dans leurs vallées, poussés surtout par la nécessité de trouver les moyens de subsistance quotidienne. Cerise et Martinet rentrent à Aoste en douce et aussitôt après, la répression éclate avec la férocité qui distingue les jacobins.

Cerise reprend en main la situation et envoie deux colonnes mobiles à la recherche des insurgés. A Donnas, il y a un entretien avec Dalbard et lui promet liberté et pardon s’il consent à dénoncer les responsables qui ont abattu l’arbre de la liberté. Dans un moment de faiblesse le chef montagnard livre les noms de quatre Socques que les jacobins n’hésitent pas à arrêter et à tuer froidement quelques jous plus tard à Civass.

Malgré les promesses reçues, Dalbard lui-même est executé le 9 mars.

Les français ont réussi à étouffer le mouvement populaire grâce à la naïveté et au manque d’expérience des chefs de l’insurrection.

Cependant, les Français ne devaient pas tarder à quitter la vallée après l’arrivée de détachements légitimistes autrichiens. Hèlas, le retour à l’ordre d’antan ne durera pas longtemps; l’épopée de 1799 prend fin et le régime révolutionnaire, puis bonapartiste, s’achèvera en 1814. Régime qui sera encore plus détesté par les Valdôtains, qui se soulèveront de nouveau (2e régiment des Socques) en 1801.

L’épopée de la révolte montagnarde en Vallée d’Aoste parviendra à son zénith lors du 3e volet de ce mouvement populaire: la révolte contre le Risorgimento en 1853, où l’hostilité à une imposition sauvage va de pair avec la conscience que les aventures guerrières éminentes et inéluctables du Risorgimento auront des épilogues sanglants.

Les invectives populaires des révoltes chantent le roi - pour lequel la fidélité est incontestée - mais abhorrent le nouvel emblème "unitaire": les rebelles crient "vive le roi", ajoutant aussitôt "à bas le drapeau tricolore".

Quel dommage qu’on n’ait pas pensé jusqu’à présent à étudier convenablement cet événement qui est à mon avis l’une des plus belle pages de la conscience collective du peuple valdôtain.

Au contraire, on a préféré la fade exaltation des fastes jacobins qui devaient conduire au billot et au césarisme bonapartiste, détracteur des nationalités et des peuples.

Dommage!

Il m’a donc semblé juste que dans ces assises, au moins, l’anniversaire des Socques ne passe pas inaperçu et soit évoqué. Car c’est dans les valeurs de ces trois explosions successives que plongent les racines authentiques de cette conscience montagnarde dont nous devons recueillir l’héritage.